Au matin du 27 Octobre 1969, un escadron composé de 18 bombardiers stratégiques de type B-52 entame un parcours commencé à l'ouest des Etats-Unis à destination de l'est de l'Union Soviétique. Les pilotes volèrent durant 18 heures sans repos afin de bombarder des cibles à plus de 800km/h. Chaque avion est équipé d'armes nucléaires qui sont des centaines de fois plus puissantes que celles utilisées sur Hiroshima et Nagasaki.
Les B-52, appelés aussi Stratofortresses (forteresses volantes stratosphériques), ne ralentirent qu'une seule fois, le long de la côte canadienne près de la calotte polaire. C'est là qu'ils avaient rendez-vous avec des KC-135, Stratotankers, pour se ravitailler en vol. Ces Boeing 707 modifiés ont injectés plusieurs centaines de litres à nos fiers bombardiers à l'aide d'une perche rigide télescopique terminant à son extrémité par un injecteur - nozzle (alors que les KC-135 utilisés par la France sont équipés d'un système de ravitaillement différent qui utilise un "panier" (drogue) au bout d'un tuyau souple (hose) fixé en extrémité du télescope). Le ravitaillement en vol est une opération délicate, il suffit d'un banal changement de vent ou d'une erreur de manipulation et un avion rempli de 150 tonnes de kerozene percutera un autre rempli à ras-bord de matériel nucléaire.

Boeing B-52E-85-BO réapprovisioné par un Boeing KC-135A. Photo : US Air Force.
Les avions ont pris la direction de Moscou mais leur véritable objectif est le Vietnam. L'année précédente, durant sa campagne pour les présidentielles, Richard Nixon avait promis de mettre fin à ce conflit. Mais plus de 4500 américains ont perdu la vie dans les six premiers mois de 1969, dont les 84 soldats morts à la bataille de Hamburger Hill (non il ne s'agit pas d'un combat acharné entre le Big Mac et le Whooper dont l'enjeu était le contrôle de la restauration rapide de l'univers, mais d'une bataille qui a fait polémique sur la stratégie globale des Etats-Unis au Viêt Nam - lien wikipedia).
Pendant ce temps, les négociations de paix qui se déroulaient à Paris, dans lesquelles beaucoup avaient placé leurs espoirs de trouver une solution à ce conflit, sont tombées à l'eau.
Les Vietnamiens avaient déclaré qu'ils resteront assis à la table des négociations sans faire une seule concession "jusqu'à ce que les chaises pourrissent". Frustré, Nixon décide alors d'essayer une nouvelle méthode diplomatique : menacer directement l'Union Soviétique d'une énorme frappe nucléaire, incitant ainsi ses dirigeants à envisager sérieusement la possibilité qu'il soit assez fou pour passer à l'acte. Son espoir était de faire suffisamment peur aux soviétiques pour qu'ils forcent Hanoi à commencer à faire des concessions à la table des négociations au risque de perdre le précieux appui militaire soviétique.
Connu sous le nom de code Giant Lance, le plan de Nixon a été le point culminant d'une stratégie de folie préméditée développée avec le conseiller spécial de la sécurité nationale Henry Kissinger. Les détails de cet épisode sont restés secrets durant 35 ans et n'ont jamais été totalement exposés. Maintenant, grâce au Freedom of Information Act (FOIA), il est clair que Giant Lance a été l'exemple type de ce que les historiens ont fini par appeler "the madman theory" (la théorie du fou) : imaginez un Nixon, fou furieux, seul avec le doigt sur le bouton rouge.
Flippant, n'est-il pas ?

Nixon et Kissinger ont mis à exécution leur plan à partir du 10 Octobre en envoyant au Strategic Air Command américain un ordre urgent de se préparer à une probable confrontation. Ils voulaient que les armes thermonucléaires les plus puissantes de l'arsenal US soient prêtes pour une utilisation immédiate contre l'Union Soviétique. La mission était si secrète que plusieurs officiers de haut rang - dont le commandant du SAC lui-même - ne furent pas informés de sa réelle finalité.
Après leur départ, les B-52 ont volé dans l'espace aérien soviétique durant trois jours, mettant au défis les défenses russes et provoquant leur flotte aérienne. Les pilotes sont restés en alerte permanente, prêts à lacher leurs bombes si l'ordre en était donné. Les Soviétiques savaient probablement la teneur exacte de la menace qui planait sur eux : leurs radars avaient capté les avions au début de leurs trajectoires et les espions affectés aux bases américaines connaissaient la nature de l'armement transporté grâce à l'évaluation du poids au décollage et du carburant utilisé. Les années précédentes, les Etats-Unis gardaient constamment dans les airs 12 bombardiers stratégiques, chacun équipé de deux à quatre bombes nucléaires, a des fins dissuasives ( si les soviétiques faisaient exploser toutes les bases américaines dans une attaque surprise, les Etats-Unis seraient toujours en mesure de répondre). Cependant en 1968, le Pentagone a interdit publiquement cette pratique (à cause des risques d'accidents - citons à titre d'exemples le crash de 1966 en Espagne et celui à la base aérienne de Greenland le 21 Janvier 1968 - certes les bombes n'explosent pas mais leurs matières fissibles se dispersent sur tout le secteur du site du crash) et le Secrétaire à la Défense Robert McNamara a ordonné le maintien au sol de tous les avions armés de matériel nucléaire, une politique qui a duré plus de 40ans, estimant que les quelques minutes de préparation nécessaires au décollage des bombardiers en alerte suffisent. Par ce fait les Soviétiques ne peuvent envisager que les 18 avions viennent de décoller dans le cadre d'une patrouille. Le Secrétaire de la Défense Melvil Laird, qui était opposé à l'opération, avait peur que les Soviétiques interprètent Giant Lance comme une attaque, ce qui provoquerait une catastrophe, ou bien comme un coup de bluff, ce qui affaiblirait l'image de Washington.

Bombe thermonucléaire "B61" à la base de l'Air Force d'Hill. Photo : US Air Force.
Les Etats-Unis ont déjà été dangereusement proches du conflit nucléaire auparavant. Lors de la crise des Missiles Cubains en 1962, les forces nucléaires de la nation en étaient au stade d'
utilisation imminente afin de répondre aux actions Soviétiques. A plusieurs autres occasions aussi : lorsqu'un avion transportant des armes nucléaires s'est écrasé, ou encore lorsque des opérateurs radars ont interprété un vol d'oiseaux migrateurs comme une premère frappe soviétique. Toutefois en Octobre 1969 c'est différent. C'est la seule fois, connue, où un président a décidé de son propre chef de simuler les signes stratégiques du commencement d'une Troisième Guerre Mondiale.
La folie apparente de Nixon et l'opération Giant Lance sont toutes les deux basées sur la théorie des jeux, une branche des mathématiques qui utilise les calculs et la logique pure pour comprendre les prises de decision. Ces modèles essaient de synthétiser tous les éléments essentiels pour décrire l'interaction, puis d'introduire des concepts de solution pour décrire les issues possibles d'un jeu, et enfin, d'appliquer ces outils pour mieux comprendre les phénomènes sociaux mais aussi pour prédire les conséquences d'une interaction stratégique. Le dilemme du prisonnier est l'exemple le plus connu de cette théorie (l'article de Wikipédia est monstrueusement incomplet mais c'est mieux que rien hein).
Les deux cas les plus souvent cités pour illustrer la théorie des jeux en cas de somme nulle sont les échecs et le poker (les gains de l’un sont exactement les pertes de l’autre). Les échecs sont un jeu à information complète et parfaite (on connait les motivations, les actions antérieures, toutes possibilités d'action - propres et adverses - et les gains directs). Le poker est quant à lui un jeu à information incomplète (cartes adverses inconnues, possibilité de bluff dans les enchères, intervention du hasard tout au long des phases de jeu).

Or en Octobre 1969, nous avions sur la scène les archétypes de chaque jeu, l'URSS en joueur d'échecs et les USA en amateurs de poker. Sauf que bon lorsqu'on parle de guerre, et à plus forte raison d'une guerre nucléaire, on peut être sûr qu'on se retrouve avec un résultat à
somme non-nulle négative au final. C'est à dire une
ruine collective, exemple dans le dilemme du prisonnier lorsque les deux passent à la délation. Je recite
à nouveau le grand Arthur Koestler :
Depuis l'aube de la conscience jusqu'au milieu de notre siècle, l'homme a dû vivre dans la perspective de sa mort en tant qu'individu ; depuis qu'elle a libéré les puissances du noyau atomique, l'humanité doit vivre dans la perspective de sa mort en tant qu'espèce biologique.
Dans un supergame, la stratégie de réciprocité (Tac-au-Tac) est celle qui a le plus de succès. Elle ne domine aucune stratégie de l'adversaire, elle ne l'exploite pas non plus. Mais face à des stratégies très diverses, elle parvient à établir et maintenir la solution coopérative. La stratégie de réciprocité a même été améliorée en supprimant l'effet d'écho (répondre par une provocation à un test de vigilance adverse).
Le livre de John McDonald's (quand j'vous disais que Burger King n'avait aucune chance de gagner) Strategy in Poker, Business and War, publié en 1950, était la première introduction de la Théorie des Jeux à des fins stratégiques.
Relier les disciplines entre elles nous parait naturel maintenant mais c'était une pratique complètement nouvelle à l'époque. Ce mélange de genres c'est développé à partir de la fin des années 50, lorsque plusieurs économistes essaient d'appliquer leurs concepts et leurs méthodes à des domaines autres que leur discipline initiale :
1957 - Anthony Downs avec son célèbre livre An Economic Theory of Democracy, qui deviendra un élément fondamental de l'économie politique.
1957 - Gary Becker (prix Nobel d'économie en 1992) qui analyse la discrimination en économie dans son libre The Economics of Discrimination.
1958 - Apparition de la revue Journal of Law and Economics à l'université de Chicago, les balbutiements de l'analyse économique du droit.
1960 - Ronald Coase (prix Nobel d'économie en 1991) avec le coût social des transactions qui est ressorti récemment avec l'affaire Total.
1962 - James Buchanan et Gordon Tullock qui par leurs travaux, The calculus of consent, dissèquent le comportement les politiciens par une analyse purement économique.
1966 - Mancur Olson, La Logique de l'action collective, explique comment les individus s'organisent pour réaliser un objectif commun.
Enfin bref, Kissinger a donc étudié la théorie des jeux lorsqu'il était jeune académicien et théorien en stratégie à Harvard. Au début des années 60, il participe à une groupe de vétérans de la Seconde Guerre Mondiale qui deviendront les prophètes de l'âge nucléaire. Travaillant dans les nouveaux instituts et autres think thanks, comme la RAND Corporation, ils prêchaient la normalisation des armes nucléaires en dédramatisant leur éventuel usage ; ils étaient persuadés de savoir comment les utiliser plus efficacement. C'est ce courant de pensée qui était la cible de Stanley Kubrik dans son film Dr. Strangelove (Docteur Folamour), où à l'écran la RAND y étaient à peine maquillée en "Bland Corporation".
L'un des premier point de la théorie du jeu dans le cadre de la Guerre Froide était la doctrine de représailles massives ("massive retaliation") du Président Eisenhower : Washington répondrait violemment à toute attaque envers les Etats-Unis ou ses alliés. C'était censé inspirer suffisamment de crainte pour dissuader tout ennemi de passer à l'acte.

Mais Kissinger estimait que cette politique pouvait avoir l'effet inverse et encourager les ennemis des USA tout en limitant marge de manœuvre de Washington. Les Américains auraient vraiment frappé Moscou si les Soviétiques finançaient quelques insurgés communistes en Angola ou s'ils prenaient un coin de l'Iran ? Bien-sûr que non.
Cette stratégie permettait aux communistes à s'attaquer à tout ce qui ne touchait pas directement les intérêts Américains en toute sérénité, puisqu'ils étaient persuadés que les Etats-Unis ne répondrait pas "massivement" pour de si petits conflits.
La Maison Blanche avait besoin d'un plus large éventail d'options militaires. Plus de choix, d'après les think thanks, permettrait aux USA d'intervenir dans certains conflits dès leur départ, de gagner du poids dans les négociations d'autres ou encore d'éviter que d'autres ne dégénèrent. Cette logique de la théorie des jeux fût le fondement de ce qui est devenu dans les 60-70 la doctrine de la "riposte graduée" : Washington répondrait aux petites menaces avec de petites solutions et aux grosses menaces avec des solutions plus lourdes.
La théorie du fou était une extension de cette doctrine. Si vous voulez compter sur l'effet de levier, vous devez être crédible quant à l'utilisation de la riposte graduée - du petit assassinat nocturne à l'attaque nucléaire - ; vos adversaires doivent être convaincus que même les options extrêmes sont sur la table. Et leur faire croire que vous êtes réellement fou est une façon comme une autre d'y arriver.
Prenons en exemple un jeu que le théoricien Thomas Schelling a soumis à ses étudiants d'Harvard dans les années 60 : vous êtes au bord d'une falaise, la cheville enchaînée à une autre personne. Dès que l'un des deux pleure, les deux sont libérés, et celui qui est resté silencieux obtiendra une grosse récompense. Que faîtes-vous ? Vous ne pouvez pas pousser l'autre personne dans le précipice car vous le suivriez obligatoirement. Dans ce cas vous avez deux options pour vous approcher du bord, soit en marchant soit en dansant. Si vous marchez doucement en direction du vide, vous prouvez simplement que vous êtes prêts à affronter une certaine quantité de risques en espérant que votre partenaire finisse par céder pour que vous gagniez le gros lot. Par contre si vous arrivez à convaincre votre adversaire que vous êtes fou et susceptible de sauter dans le vide dans n'importe quel sens et à tout moment, il va sans doute demander grâce immédiatement. Si les Etats-Unis semblaient téméraires, impatients, voire fous, ses rivaux pourraient accepter des conditions qu'ils auraient rejetées en temps normal. Dans la théorie des jeux, un nouvel équilibre devait émerger lorsque les dirigeants de Moscou, Hanoï et La Havane, envisageraient comment les évènements pourraient dégénérer s'ils amenaient un président, hors de tout contrôle, à expérimenter les terribles armes qu'il avait à disposition.
Les B-52 volants au-dessus du territoire soviétique sont l'application directe de cette branche de la théorie des jeux. Bob Haldeman, chef de cabinet de la Maison Blanche sous Nixon, a écrit dans son journal de notes quotidiennes que Kissinger croyait fermement que le comportement irrationnel des USA "tourmenterait les Soviétiques et Nord-Vietnamiens". Nixon a encouragé Kissinger à étendre cette approche. "Si le sujet du Vietnam était soulevé" dans les conversation avec Moscou, sur les conseil de Nixon, Kissinger devait "secouer la tête et dire 'Je suis désolé Monsieur l'Ambassadeur, mais [le président] est hors de controle." Nixon a dit à Haldeman :
"Je veux que les Nord-Vietnamiens croient que j'ai atteint le point où je pourrais faire n'importe quoi pour arrêter la guerre. Nous allons juste leur glisser quelques mots du type 'vous savez combien Nixon est obsédé par la question du communisme, nous ne pouvons pas l'arrêter lorsqu'il est furieux et il a la main sur le bouton nucléaire'. Et vous verrez qu'Hô Chi Minh lui-même sera dans les deux jours à Paris pour y mendier la paix."
Lors du lancement de Giant Lance, le secrétaire général soviétique Leonid Brezhnev n'avait aucun moyen de savoir s'il s'agissait d'un exercice, un coup de bluff, ou de la fameuse attaque qui signerait la fin du monde. Anatoly Dobrynin, l'ambassadeur russe aux Etats-Unis, met en place une réunion d'urgence avec Nixon et Kissinger.
Dobrynin entama la conversation par l'expression de sa vive inquiétude au sujet des actions de la Maison Blanche. Le président a alors épinglé l'ambassadeur soviétique en exigeant que Moscou aide les Etats-Unis au Vietnam. Nixon déclara que si aucune aide n'était offerte "les Etats-Unis se réservent alors le droit de suivre leur propre voie et à utiliser leurs propres méthodes pour mettre fin à la guerre".

Richard Nixon et Anatoly Dobrynin au bureau ovale en Décembre 1973.
Dobrynin a rapporté les menaces de Nixon dans son rapport au Kremlin en ces termes : "il n'acceptera
jamais une défaite ou même des accords humiliants. Les Etats-Unis, tout comme l'Union Soviétique, sont une grande nation, et lui en est son président. Les dirigeants soviétiques sont des personnes déterminées, mais lui, le président, l'est aussi."
Dobrynin averti les leaders soviétiques que "Nixon est incapable de se controler, même lors d'une conversation avec un ambassadeur d'une puissance étrangère". Toujours au sujet du président, il a aussi émis des commentaires tels qu'une "émotivité croissante" et un "manque d'équilibre".
Et c'était exactement l'impression que Nixon et Kissinger voulaient donner ! Après la réunion, Kissinger se félicitait de leur réussite. Il écrit au président : "Je soupçonne que la mission première de Dobrynin était de tester la gravité de la menace". Nixon avait, selon Kissinger, "joué froidement en rendant coup pour coup". Kissinger conseilla la Maison-Blanche de "continuer le maintien de nos avertissement oraux avec nos déplacements militaires en cours".
Le 30 Octobre 1969, Nixon et Kissinger ordonnent la fin de Giant Lance, les B-52 firent alors demi-tour pour rentrer à leurs bases. Les premières conclusions tendirent vers une validation de la théorie du fou. Nos deux compères ont peut-être essayé de montrer aux Soviétiques qu'ils pouvaient entreprendre des actions extrêmes sans avertissement, puis de les arrêter de façon tout aussi imprévisible. Cela permettrait d'occuper le Kremlin à essayer de deviner leurs intentions et se poser la question quand est-ce que les Etats-Unis allaient encore se mettre à courir vers le bord de la falaise ?
A son niveau le plus important, la mission a échoué. Elle a peut-être bien effrayé les Soviétiques mais elle ne les a pas obligé à mettre fin à leur soutient envers Hanoï, et les Nord-Vietnamiens n'ont certainement pas mendié un accord paix à Paris.
Cependant notre duo de choc pensait que leur manœuvre (Philippe si tu nous lis) avait ouvert de nouvelles possibilités quant à l'utilisation de la menace nucléaire. De leur côté, les maîtres de Moscou ont reconnu qu'après Octobre 1969 ils ont améliorer leur dialogue avec Washington sur les sujets qui touchaient aux intérêts Américains.
Cet article est la traduction de l'article de Jeremi Suri paru dans Wired. Jeremi Suri (suri@wisc.edu) est professeur d'histoire à l'Université du Wisconsin, il est aussi l'auteur de "Henry Kissinger and the American Century".Je l'ai étoffé en y étalant mes maigres notions en stratégie et sur la Théorie des Jeux, tel le Nutella lorsque le pot est vide.